Rodrigues 2016

Anse bouteille
Anse bouteille

Enfin, le voilà... presque un an après ce superbe voyage au beau milieu de l'océan Indien, en ces longues soirées de Novembre, je me lance dans l'écriture de ce compte rendu. Je dois vous avouer qu'il y a tellement à raconter que Je ne sais pas trop par quel côté le prendre, dans quel sens l'écrire... alors je vais le faire en suivant la chronologie des événements !

 

Ce récit risque d'être un peu long, alors pour ceux qui désirent le passer, vous trouverez une vidéo résumé en bas de page ou en cliquant ici.

Cette belle escapade dans l'océan Indien au large de Maurice fut prévue environ 3 ou 4 mois à l'avance, elle est tombée à pic, juste avant un changement radical dans ma vie professionnelle.

Lors de mes recherches sur la pêche à Rodrigues j'ai pu trouver l'opportunité de partager une sortie de deux jours sur le banc de l'est avec l'oiseau des iles II, le bateau de Cyril Faure :  http://www.defidailleurs.com/

Autant vous dire que pour moi (et ma compagne...) deux jours de pêche à plus de 100 km des côtes Rodriguaises, traquer marlins, thons à dents de chiens, carangues, mérous et j'en passe... j'avais vraiment hâte d'y aller, un rêve  !

Le temps d'investir dans du matos, surtout pour jigger, de regarder quel programme on pouvait se préparer pour nos vacances et finalement l'attente n'a pas été si longue.

 

Nous y sommes ! Dès notre arrivée nous sommes cueillis par l'ambiance "hors du temps" qui règne sur cette île.

 

Complètement différente de Maurice (de part bien des critères), les gens se disent et nous disent bonjour partout, la montre ne sert pas à grand chose et l’accueil y est vraiment chaleureux.

Nous logerons au Konokono, petite auberge fort sympathique, à la cuisine traditionnelle avec une belle vue sur le lagon. 

 

Dès le lendemain, nous rencontrons Cyril et Sandrine avec qui nous discutons de notre future sortie sur le banc de l'est. Ils nous annoncent qu'avec la météo actuelle et selon les dispos des deux autres pêcheurs nous partiront dans 2 jours ! La pression monte.

A Rodrigues , il y a trois "spots" pour la pêche : le lagon très peu profond (30 cm à 1.50m max en moyenne) , la barrière de corail  et le grand bleu.

 

Du bord, du coup, il faut de préférence chercher les coins ou la barrière n'est pas trop loin pour avoir la chance de trouver quelques petits poisson.

C'est le cas dans l'est de l'île. Les paysages sont magnifiques et de belles balades sont à faire... En toute tranquillité puisque l'île est très bien protégée du tourisme de masse, vous en jugerez par vous même en regardant les photos !

Poisson flûte
Poisson flûte

Mon premier contact du bord sera un poisson-flûte, pris au micro casting jig 10g dans une anse bien agitée suivi de son compère mais décroché.

 

La grande passe de Port Sud-Est
La grande passe de Port Sud-Est

Le jour du grand départ vers le large est arrivé. Une grande première, Nelly m'accompagne pour ces deux jours de pêche, j'espère que ça lui plaira !

Nous faisons connaissance avec les deux autres pêcheurs et les deux marins Estefano et Françis

avec qui nous allons partager ce grand moment.

Nous nous installons dans notre cabine double, nous avons la chance d'être en couple alors nous bénéficions de la plus grande cabine ! Le bateau de 16 m de long de Cyril est conçu spécialement pour ce type de trip de pêche. 

Nous partons vers le banc de l'est en trainant leurres à marlins, leurres à bonites et daurades. Le transit durera environ  7 heures. La première touche est un marlin qui se décroche après 1 minute de rush. Oulala que c'est rapide ces poissons. Nous avons aussi une autre touche mais là, le bas de ligne est coupé net , il s'agissait d'un gros wahoo ! et c'est tout pour l'aller.

 

Arrivés sur zone, changement de leurres pour cibler thons jaune et thons à dent de chien (TDC) et essayer de trouver l'activité. Nelly décroche un thon jaune de 10 kg au bateau. Là j'avoue que la connaissance et la capacité d'adaptation de Cyril me dépassent complètement. De son poste de commande, il donne ses ordres aux marins qui en un tour de main sont capables de changer les leurres de traînes, monter un jig, préparer un appât, refaire un nœud... Ça va très vite, c'est redoutable d'efficacité, je suis bluffé.

D'ailleurs , les premiers poissons ne tardent pas à pointer le bout de leur nez, en jigging pour certains et à l'appât pour d'autres. L'ambiance devient joyeuse, les vannes fusent, bref on se régale ! Le feeling passe très bien avec Loïc un Breton sexagénaire, mais bien moins avec Edouard un Parisien de 25 ans... Ce dernier croit tout connaitre de la pêche, enchaîne les décroches, mais n'écoute surtout pas les conseils de Cyril ! De la folie. Du coup nous ferons dans ce CR comme sur le bateau, nous n'en parlerons plus, ou alors le moins possible.

Pour ma part c'est la première fois que je pêche avec des jigs de 250 g sur un ensemble de 80 lbs et c'est du sport. Quel bonheur de prendre des touches violentes, les combats sont un régal même si les poissons ne sont pas énorme par rapport aux possibilités du spot. 

Nelly se débrouille bien à l'appât, mieux que notre parisien qui ne s'en sort pas et se fait chambrer par tout le bateau... Loïc enchaîne bien aussi.

Jobfish
Jobfish

La pêche est tellement prenante pour moi que j'en oublie même de manger. Sous les conseils de Cyril Je passe à l’appât lorsque le jig est moins prenant. Cela permet de se reposer et aussi de toucher toutes sortes d'espèces.

Par contre impossible de faire mordre les gros TDC, enfin peut être que si car nous avons encaissé quelques décroches et casses magistrales ! Je m'en rappelle d'une de Loïc, canne à bloc frein presque à bloc et le poisson partait, comme s'il avait attelé un train dans 80 mètres de fond ! Dingue.

Il est déjà 22h30, il est temps d'arrêter de pêcher. Une douche et au lit ! Levé à 5 h sur les nerfs envie de recommencer, la pêche est une véritable drogue. Nous pêcherons encore des poissons de taille moyenne mais très variés. Nelly continue sur sa lancée, en prenant de nombreux poissons à l’appât. Je suis comblé, je vois qu'elle apprecie cette pêche, elle se concentre tout en écoutant attentivement les conseils de Cyril. Je sais que j'ai réussi, elle voudra retenter l'aventure de la pêche exo au large, c'est sûr. Edouard lui, collectionne les décroches... Les combats sont plus que jouissifs, l'ambiance est toujours très agréable ! A 11h du matin fin des hostilités avant de manger et prendre le chemin du retour. 

Carpe rouge
Carpe rouge
Carangue goutte d'or
Carangue goutte d'or
Carpe rouge
Carpe rouge

Dès les premières minutes du trajet retour, 

alors que c'est au tour de Edouard de prendre la prochaine touche en traîne, Cyril annonce un marlin dans le sillage du bateau. Il n'a pas le temps de finir sa phrase, c'est la touche !

 

Sur l'ensemble 120 lbs le démarrage est phénoménal, Edouard prend place et combat son poisson en 30 min environ, un magnifique marlin noir de 170 kg arrive au bateau.

 

Le voir nager devant le bateau est un spectacle magnifique. Edouard est rincé, il souhaite relâcher son Marlin. Malheureusement piqué dans l’œil, il sera achevé et  conservé.

 

Ensuite plus rien, le calme plat. Je sais que le prochain départ est pour moi, le temps passe et Cyril et Loïc m'expliquent qu'en arrivant devant Rodrigues il y a un secteur ou transitent souvent les poissons à rostres... on verra bien. Franchement je n'y crois pas beaucoup, nous nous rapprochons inexorablement de Rodrigues, nous sommes dans une zone de 1000 m de fond et la partie de pêche va se clôturer dans moins de 45 minutes.

 

Soudain, sans avertissement, le tiagra 80 lbs se met à hurler. La canne en 80lbs est totalement cintrée... en même temps, dans ma petite tête, je sais que c'est à moi que reviendra l'honneur de combattre ce poisson... pourvu qu'il ne se décroche pas... Non ça déroule toujours sur un rythme effroyable, le frein à 30 kg continue de lâcher de la tresse en continu. Il va y avoir du sport !

L'équipage s'active, relève les autres cannes, prépare le siège et le baudrier. Nous nous regardons en se demandant quel poisson est piqué au bout de la ligne ! Nous n'en savons rien mais je suis presque sûr d'avoir à faire à un gros thon jaune. Il est temps de m’asseoir sur le siège, Estefano et Francis m'apportent la canne, moulinet hurlant et bouillant. Je la maintient et là je comprends qu'il s'agit d'un très gros poisson tant la pression qu'il imprime sur le matériel est énorme.

D'un coup Estefano crie "Marlin Marlin !!!" Oufffff cette "émotion / joie / pression / peur"  qui montent en moi d'un seul coup !

Effectivement à 200 m du bateau, nous voyons le poisson fendre la surface dans une gerbe d'eau monumentale. Le fil du moulin part à gauche, le poisson saute à droite, je capte plus rien ! En fait le marlin est  tellement rapide que le fil n'a pas le temps de se tendre et avec la résistance de l'eau il fait un ventre... Bref c'est de la folie, la bobine se vide, le moulinet chauffe,  l’excitation est à son comble sur le bateau. Les ordres fusent, Cyril manœuvre pour toujours garder le poisson dans l'axe arrière du bateau. Le poisson saute à nouveau, enfin il essaye car il est tellement gros qu'il peine à s'extraire totalement de l'eau, nous le voyons quand même à plusieurs reprises. C'est complètement dingue. Quant à moi je me concentre pour bien  tenir canne, tout en essayant de maîtriser mes émotions car là, c'est violent ! Je ne sais pas si c'est de forcer, l'excitation, ou les deux, mais je suis pris de tremblements... 5 min de rush en continu et le moulin se vide encore, Francis l'arrose avec un jet d'eau pour refroidir, ça sent le cramé, j'ai jamais vu ça ! Ils m'installent le baudrier, le harnais et c'est parti. Après 7 minutes de rush ( selon la vidéo, donc certainement un peu plus) le poisson s’arrête enfin ! A ce moment là, Cyril sait qu'il s'agit d'un très beau poisson mais il ne me dit rien pour m'éviter une pression supplémentaire.

J’essaye de commencer à le travailler, mais c'est lui qui me travaille ! Je n'arrive pas à imprimer un rythme pour le pomper, c'est mon premier combat sur une chaise de combat.

Cyril Estefano et Francis m'aident et me conseillent et petit à petit je prends le coup. Au départ le Marlin est resté en surface, par contre ensuite il a sondé jusqu'à 500 m selon Cyril. Tout son poids est sur l’aplomb de ma ligne, c'est tout simplement hallucinant de force. Entre la puissance du poisson et mon manque de technique avec ce matos sur ce type de pêche, les efforts physiques que je doit fournir pour compenser  sont conséquents. D'ailleurs au bout de 20 minutes je suis complètement claqué. Je me reprends et essaye d'avoir un rythme régulier pour fatiguer mon adversaire. Il remonte d'un coup d'environ 150 m dans la couche d'eau, et là il faut ravaler le mou très rapidement, c'est chaud ! J'entend Cyril dire que nous sommes partis pour de longues heures de combat... Nous sommes à 45 minutes de la touche, le poisson remonte encore un coup, j'essaye tant bien que mal de ravaler le mou mais la fatigue me complique la tâche. D'un coup, sans prévenir, je sent  moins de poids sur la ligne, c'est la décroche... lourde de conséquence... J'aurai du anticiper et demander à Cyril d'avancer pour mettre la ligne en tension, mais je n'étais plus lucide à ce moment là. Ceci me servira de leçon.

Là je pleure. Je viens de décrocher le plus gros poisson de ma vie ! C'est pas possible !

Cyril m'explique qu'il s'agissait d'un marlin qu'il estimait à plus de 400 kg. En sondant comme il l'a fait,  ce poisson nous aurait fait combattre 6 ou 7 heures... Même si je suis rincé et très abattu , je sais que c'est la pêche, c'est comme ça. 

Pour achever tout ça, je me rappellerai toujours de la phrase de Cyril  : "Tu pourras revenir à la pêche 10 fois avec moi, autant tu ne retoucheras jamais plus un marlin comme ça"

Certainement le poisson d'une vie, mais c'est pas grave nous y retournerons, la chance ça se provoque...

Merci encore à Cyril, Sandrine Estefano et Francis pour cette expérience hors du commun. Vraiment tout est au top : accueil, repas, matos, bateau... rien à dire ! Et en plus la rencontre avec Loïc qui va se proposer de nous guider sur cette belle île pour le restant de notre voyage.

 

 

Retour sur la terre ferme... je vous avoue que la première nuit j'ai rêvé de ce sacré marlin.

J'ai revu Cyril deux jours plus tard qui m'a aussi confié qu'il avait longtemps pensé à ce poisson.

 

Alors on se ressource dans le lagon, les couchers de soleil sont magnifiques.

Quelques jours plus tard, nous rencontrons Jean Marc Bestel, un Rodriguais avec qui j'avais fait connaissance sur le net en cherchant des plans pêches ! Il nous organise une journée pêche et visite des îles du lagon (île au sable et île coco). 

Pour la pêche popping et spinning sur la barrière de corail. La technique fonctionne pas mal avec quelques carangues bleues, capitaines (bec de cannes), carangues jaunes, orphie crocodile. 

Dès qu'un poisson est piqué, le but est de sortir le plus rapidement de la barrière de corail avant que le fish n'y retourne et casse la tresse en frottant les patates de corail. Donc serrage du frein et accélération de l’embarcation sur un bon 50 m. C'est rock and roll !

 

Une décroche magistrale sur une Carangue GT piquée sur un jackson pintail 40g. La touche est légère, par contre le rush est ultra violent. Nous voyons la carangue forcer en travers du courant. Même avec l’accélération du bateau, le poisson reste sensiblement au même endroit. Et sur un nouveau départ c'est la décroche, hamecon ST 66 ouvert... elle faisait au moins 15 kg et c'était ma première GT.

 

 

 

Après avoir mangé un sublime tartare de thon jaune devant l'île au sable et visité l'île coco, nous rentrons par le lagon, alors montage d’une canne légère en traîne ! Une petite carangue jaune se fera leurrer. Une belle journée passée en compagnie de John, marin de Jean Marc Bestel.

Deux jours après, Loïc, rencontré sur l’oiseau des îles de Cyril Faure, nous propose une excursion sur les îlets du sud. Au programme : traîne légère, visite, pique nique sur îlot désert, baignade... Que du bonheur !

Nous partons avec Gaou et un autre jeune qui vient pour l'accompagner dont je ne me rappelle plus le prénom tellement il était discret. Nous essayons un peu de popper dans la grande passe de Port Sud-Est mais à part une décroche sur carangue bleu pour moi , RAS , le calme plat.

Nous faisons le tour de l'île de l'Hermitage en traîne sans grand résultat. Pique nique et snorkelling seuls au monde sur l’île de Combrani, le paradis :

Kombrani
Kombrani

Nous ferons ensuite le tour de cette ilot ainsi que celui de l'île aux chats. Nelly et Loïc vont respectivement décrocher et casser sur deux très belles carangues (pour du lagon) prises en traîne. Vraiment dommage car les moulins sifflaient bien ! Quelques petits poissons serons pris mais rien d'exceptionnel, sauf une belle carangue jaune pour Loïc (mais pas de photo ).

Les jours suivants, quelques sorties du bord et un peu de leurre sur le bateau de plongée lors des plongée de Nelly me rapporterons quelques petites carangues bleues, vieilles et poissons flûtes.

 

La dernière sortie de mon séjour sera prévue pour un coup du soir avec Jean Marc Bestel : https://www.facebook.com/globalrodrigues.rodrigues

Au programme traîne et jigging. Une sortie bien sympa ou je taperai enfin mon premier Thon à dent de chien au jig ! accompagné bien sûr de thon jaunes, babones, croissants queues jaunes et autres jobfish mais de taille modeste. Merci Jean Marc !

Thon à dents de chien
Thon à dents de chien
Thon jaune
Thon jaune

Le séjour touche à sa fin. Que de belles rencontres humaines, parties de pêches, randonnées, repas et autres découvertes qui font de Rodrigues une Île que j'affectionne tout particulièrement aujourd'hui. Merci encore à toutes les personnes dont j'ai parlé dans ce CR ainsi que celles que j'aurai oublié, grâce à qui  ce séjour restera inoubliable pour Nelly et moi.

La grande variété d'espèces de poisson est tout simplement hallucinante. En plus les lieux sont faits pour que l'on en touche un maximum en pêchant à la canne du bord mais surtout en bateau. Mais aussi en plongée ! La mer n'est pas facile et souvent "remuante" mais prendre un bateau et sortir du lagon vaut largement le coup !

Avant la vidéo qui résume tout ce long roman, une dernière photo. J'ai trouvé ce poisson (ou la photo !) sublime de par ses couleurs et le moment qu'elle représente. Celle d'une petite carangue bleue prise au jig dans le lagon, la dernière juste avant notre départ, comme pour nous dire ; "à bientôt". 

Merci de m'avoir lu.  Rodrigues, nous reviendrons !

Carangue bleue juvénile
Carangue bleue juvénile

Et voilà la vidéo, musique Rodriguaise de rigueur bien sûr !

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